Copyright George MarksIl n'a pas encore commencé son service. Il se dépêche d'engouffrer son pavé. Mercredi, c'est pavé. On ne prend plus beaucoup de plaisir à choisir quand on connait la carte par cœur et qu'on mange à loisir. En revanche, cette table il l'aime bien, c'est un havre de paix perdu dans un coin. D'ici il domine tout, il entend les verres qui claquent sur le bar, les débats saoulés du matin, les conversations des habitués et les derniers potins.
Le premier client vient d'entrer, il va falloir se lever. S'il avait le cœur, le temps et l'idée, il irait le rejoindre. Il irait trinquer. C'est pas très drôle un repas quand il n'est pas partagé;
Mais enfin, comme on dit dans le métier...précisément...c'est le métier.
Aujourd'hui elle a mis l'un de ses plus beaux tailleurs. Le gris anthracite avec de fines rayures.
Dans un coin de la glace sur le côté, elle aperçoit son reflet. Elle se dit que les épaulettes sont en fait mal ajustées. Dans la boutique pourtant quand elle l'a essayé son mari lui a assuré qu'il lui allait parfaitement. Il a même dit qu'elle était belle.
Alors évidemment, elle l'a pris. De toute façon, ce n'est pas un costume qui aurait changé quoi que soit, qui aurait changé l'entretien. Hein, l'habit ne fait pas le moine comme ils disent.
Elle a envie de fumer une cigarette mais si elle décide de quitter sa chaise, il lui faut prendre son sac, son dossier cabossé et gonflé d'une pleine liasse de CV.
Mais alors le serveur comprendra qu'elle désire s'en aller, alors que non, elle a juste envie de fumer.
Il vient ici tous les mercredi soirs. Depuis vingt ans. Au début, c'était surtout pour faire plaisir à sa femme. Parce que de tous les desserts du monde, celui qu'elle préférait, c'était le baba du chef, celui qui rend un peu fada, gorgé de liqueur blonde.
Ca fait cinq ans qu'elle est partie, qu'il se plait à lui parler chaque première heure de chaque matinée. Ca fait cinq ans que tous les mercredi soirs il s'attable encore à leur table. Ca ne la remplacera pas, il le sait bien. Mais à travers ce baba, il se donne l'impression que c'est sa bouche qui continue de gouter, et lui de déguster.
Et toujours ces passants qui passent, ceux qui s'affairent, ceux qui se tracassent, ceux qui jettent un coup d'œil rapide à l'intérieur...ceux qui n'auront jamais l'idée d'oser s'inviter, qui regardent sur la table les toutes petites verrines comme les quelques lumières d'une triste et commune vitrine...
Le premier client vient d'entrer, il va falloir se lever. S'il avait le cœur, le temps et l'idée, il irait le rejoindre. Il irait trinquer. C'est pas très drôle un repas quand il n'est pas partagé;
Mais enfin, comme on dit dans le métier...précisément...c'est le métier.
Aujourd'hui elle a mis l'un de ses plus beaux tailleurs. Le gris anthracite avec de fines rayures.
Dans un coin de la glace sur le côté, elle aperçoit son reflet. Elle se dit que les épaulettes sont en fait mal ajustées. Dans la boutique pourtant quand elle l'a essayé son mari lui a assuré qu'il lui allait parfaitement. Il a même dit qu'elle était belle.
Alors évidemment, elle l'a pris. De toute façon, ce n'est pas un costume qui aurait changé quoi que soit, qui aurait changé l'entretien. Hein, l'habit ne fait pas le moine comme ils disent.
Elle a envie de fumer une cigarette mais si elle décide de quitter sa chaise, il lui faut prendre son sac, son dossier cabossé et gonflé d'une pleine liasse de CV.
Mais alors le serveur comprendra qu'elle désire s'en aller, alors que non, elle a juste envie de fumer.
Il vient ici tous les mercredi soirs. Depuis vingt ans. Au début, c'était surtout pour faire plaisir à sa femme. Parce que de tous les desserts du monde, celui qu'elle préférait, c'était le baba du chef, celui qui rend un peu fada, gorgé de liqueur blonde.
Ca fait cinq ans qu'elle est partie, qu'il se plait à lui parler chaque première heure de chaque matinée. Ca fait cinq ans que tous les mercredi soirs il s'attable encore à leur table. Ca ne la remplacera pas, il le sait bien. Mais à travers ce baba, il se donne l'impression que c'est sa bouche qui continue de gouter, et lui de déguster.
Et toujours ces passants qui passent, ceux qui s'affairent, ceux qui se tracassent, ceux qui jettent un coup d'œil rapide à l'intérieur...ceux qui n'auront jamais l'idée d'oser s'inviter, qui regardent sur la table les toutes petites verrines comme les quelques lumières d'une triste et commune vitrine...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire