Je me souviens que j'adorais poser ma main entre ses deux omoplates quand elle était couchée sur le ventre. Lorsqu'elle était sur le dos, c'était alors au creux de l'aine, un minuscule carré de peau.
Mais doux, et chaud.
Elle m'appelait babou. C'est très con "babou" comme surnom, mais à l'époque j'adorais ça. C'était comme une exclusivité entre elle et moi. J'étais "babou" pour elle et personne d'autre. Tandis que pour moi elle était "Elle", avec une majuscule. La seule, l'unique et bien évidemment la plus belle.
A présent je l'observe depuis la table un peu de guingois, derrière la vitre du café. Elle attend le bus, elle se penche plusieurs fois sur la rue pour voir s'il arrive, elle fait un pas en arrière, elle revient, elle souffle sur ses mains. Je connais ce geste.
Et d'un coup, derrière la glace de mon café, j'ai envie ou plutôt je me demande si je pourrais l'embrasser. J'y réfléchis et je conclus que non. Je ne pourrais pas. Elle me l'interdirait.
Pourtant, qu'est-ce qui a changé...hormis le temps?
Tout. Tout a changé, et rien en même temps.
Curieux.
Même corps et même passeport mais différente identité.
Le bus t'emportera un peu plus tard, loin du passé et de ma mémoire.
Nous sommes devenus des étrangers.
12 commentaires:
C'est très beau. Illustré par une jolie chanson aussi.
Tu es très inspirée par le bus en ce moment non ? ;)
@Homecats: Oui, très branchée bus en ce moment ;)
c'est triste .... mais superbement bien écrit !!!
juste un test pour voir si ma fr@mboize est affichée ...?
Bon, c'est soit les fr@mboizes en avatar... soit le lien sur mon nom ...
Cruel dilèmne ...
je vais demander à mon chéri de me trouver la solution !
C'est très joliment écrit...
Bisous
J'aime beaucoup cette douceur un peu amer.
@Framboize: ;-) Je pense que ça marche, non? 3 jolis essais en tout cas.
@Papotinette: Merci, ça fait toujours plaisir de le lire :-)
@Bougrenette: Oui moi aussi. J'aimais bien aussi l'idée d'être un garçon. Je te raconte pas la tête de l'homme en lisant
Il y a une vraie beauté dans ton écriture. Il y a un rythme également.
@Mme Kévin: Merci, c'est toujours rassurant de lire ce type d'évaluations, surtout au vu du projet en cours ;-)
Je vais me plonger plus sérieusement dans la lecture de ton blog en attendant de pouvoir dévorer ton roman.
J'aime beaucoup ce texte-ci, il m'a fait verser quelques larmes.
Bisous.
(Au fait c'est Lorraine, je viens de me créer un profil parce qu'avec Céleste et deux autres amies, nous entamons un blog un peu décalé).
En lisant les coms, je comprends que tu t'es mise dans la peau d'un homme.
Moi j'avais imaginé un trouble saphique plutôt adolescent, et je trouvais ça tendre :)
(étrange sensation d'avoit été si intime de quelqu'un qui est désormais un étranger, mis à part quelques mimiques si familères)
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