mercredi 27 janvier 2010

C'est que du bonheur!



La scène se passe par un soir d'hiver,
Quand M. et Mme Bobo alias bip, décident de recevoir un couple d'amis qu'ils n'ont pas vu depuis un bon bout de temps, dans leur home sweet home, soit un charmant deux pièces situé au cœur de la capitale.
(le lecteur est prié de noter l'importance du deux pièces, qui exclut donc cela s'entend, tout cagibi, recoin ou tiroir suffisamment grand pour y loger une tierce personne, si petite soit-elle. Bon.)


20h.
Ça y est! s'exclame Mme Bobo, l'œil réjoui, ravie d'avoir pour une fois, réussi à gérer dans le timing imparti, la préparation du gratin, dessert, déco, etc...à tel point que pour un peu elle se verrait bien dans un programme "Vu à la TV" version diner plus que parfait.
Ne manque plus que les invités.

...Sauf (expression récurrente. A noter)
Sauf, donc, que pour Mme bobo, la minute star ce sera pour plus tard,
Parce que précisément une heure plus tard, les invités tant attendus ne sont toujours pas là.

"Va falloir justifier" pense alors Mme Bobo non sans amertume en pleurant sur son saumon fraichement métamorphosé en vieille carne desséchée. Va falloir justifier...


Et un quart d'heure plus tard,
ILS arrivent. Eux, le couple 2010. Les héros.
(Si. Des résistants presque. Teasing en milieu de post)

- Bah qu'est-ce qui vous est arrivé? Vous êtes tombés dans les embouteillages? demande naïvement Mme bobo qui ne connait d'autres sérieux motifs de retard que les erreurs de brushing et les bouchons de périphérique.

- Non, pas du tout! s'excuse l'héroïne d'un air contrit. Mais au début on voulait emmener E. Et puis finalement on a trouvé une babysitter pour garder S. Alors on s'est dit que c'était idiot d'emmener E! Si on pouvait la laisser, hein.
Donc on l'a laissée. Mais le temps de les laver, les faire diner, les nettoyer, les bercer, dire au revoir, chercher les doudous et briefer la babysitter, eh ben, on avait déjà entamé sa première heure...

D'un soupir las, l'héroïne se laisse tomber sur le premier canapé venu.
- Mais Dieu que ça fait du bien de vous voir! ajoute-t-elle. C'est notre première sortie depuis sa naissance!


- Rappelle moi l'âge qu'elle a?
- Deux mois.
- Ah oui, c'est ça. J'avais bien entendu... Vodka ou Calva?




L'histoire ne dit pas si E. et S. finiront à l'orphelinat...

vendredi 22 janvier 2010

Court de récréation


Pour le promeneur moyen,
qui va se distraire les neurones en plein mois de janvier dans les jardins du Luxembourg à Paris, à part quelques touristes égarés et les étudiants de la Sorbonne qui viennent manger leur sandwich froid, il n'y a pas grand chose à observer.
Voire même aucune activité.

Pas de pique nique, très peu de joggeurs, pas d'enfants dans les squares, pas de pétanque, pas de marionnettes, rien.
Même les poneys ont déserté.
(NDLR: Le poney (contrairement à l'ours) supporte très mal les températures polaires)


Bref, au mois de janvier, rien à regarder.


SAUF,
Sauf ce jour-ci, où Lucien et son ami Roger, avaient manifestement décidé, très noblement, de distraire un peu l'humeur des quelques rares passants.
Lesquels passants se sont pour l'occasion arrêtés...



- Non, t'as tout faux là, Roger...TOUT FAUX!
- ...
- Mais si! On n'est qu'au deuxième set et tu t'épuises déjà. Tu cours comme un lapin. Après tu t'étonnes de rester coincé....
- Il faut bien que je courre pour renvoyer la balle!
- Oh, dis! Je suis poli, je vais pas dire ton âge.
(Il se retourne, va pour servir. Rate son service, reviens vers Roger.)
- Quand même! Tu joues comme un gosse de douze ans alors que t'en as plus de soixante-dix! C'est pas comme ça qu'on va gagner, hein!


Peu de temps après, le promeneur n'est plus seul.
Le Luxembourg tout entier s'est donné rendez-vous pour regarder Lucien et Roger, tous deux vétérans, se débattre de longues minutes contre un duo de quadras et contre le froid. Dynamique le duo de quadras.


- Eh merde! C'est pas vrai, ça! J'étais sur de l'avoir mis dedans.
- Ben non, hein..
- Oh toi, ça va! Me parle pas Roger. ME PARLE PAS! Déjà que tu sais pas jouer...
- Oh.
- Eh non! Tu montes au filet alors que c'est à moi d'y aller! Aucun esprit d'équipe, Roger! Aucun esprit d'équipe...C'est très grave, ça!
- T'exagère Lucien.
- C'est ça, j'exagère. Tiens, tu sais quoi? Va donc jouer au Scrabble!

.


Je crois qu'à partir de maintenant, je vais fréquenter plus souvent les jardins d'enfant.

mercredi 20 janvier 2010

Obsession

Écrire la nuit,
le jour,
Dormir le jour et vivre d'insomnies

Dans les cafés, dans les diners,
quand on me parle faire semblant d'écouter,
et toujours malgré soi y penser, réciter.

Réciter dans sa tête ,
attraper un stylo, un clavier,
noter et reprendre, raturer...

Une obsession depuis quelques temps,
parce que je vois la fin. Parce qu'il ne reste plus que quelques virgules à corriger et quelques phrases à ajouter.

Pardon de peu poster.
J'ai l'esprit en ce moment tout entier avalé.

jeudi 14 janvier 2010

Grand échiquier

Il y a plusieurs cases.
Deux sortes de réalités, deux grandes catégories.


Les cases noires comme...
une guerre,
un séisme,
une maladie,
une dispute,
un bidonville,
une famine,
un décès,
un échec.


et les cases blanches comme...
un ami,
une naissance,
une paix,
des retrouvailles,
la santé,
un mariage,
la nature,
une fête,
une réussite.



Et on entre dans la partie, sans savoir si on va la gagner.
Sur quelle case on est né,
ou la suivante sur laquelle on s'apprête à tomber.

Et si tu n'avances pas, si tu ne lances pas le dé,
la vie le fait pour toi.
L'âge et le temps te feront progresser.


Jusqu'où peut-on vraiment en jouer?
Ne reste que la peur et parfois l'illusion de savoir maitriser.





PS: Et pour aider ceux qui sont dans le noir,
C'est ici
ou là.

C'est important je crois.



lundi 11 janvier 2010

Les étrangers



Je me souviens que j'adorais poser ma main entre ses deux omoplates quand elle était couchée sur le ventre. Lorsqu'elle était sur le dos, c'était alors au creux de l'aine, un minuscule carré de peau.
Mais doux, et chaud.

Elle m'appelait babou. C'est très con "babou" comme surnom, mais à l'époque j'adorais ça. C'était comme une exclusivité entre elle et moi. J'étais "babou" pour elle et personne d'autre. Tandis que pour moi elle était "Elle", avec une majuscule. La seule, l'unique et bien évidemment la plus belle.

A présent je l'observe depuis la table un peu de guingois, derrière la vitre du café. Elle attend le bus, elle se penche plusieurs fois sur la rue pour voir s'il arrive, elle fait un pas en arrière, elle revient, elle souffle sur ses mains. Je connais ce geste.

Et d'un coup, derrière la glace de mon café, j'ai envie ou plutôt je me demande si je pourrais l'embrasser. J'y réfléchis et je conclus que non. Je ne pourrais pas. Elle me l'interdirait.
Pourtant, qu'est-ce qui a changé...hormis le temps?
Tout. Tout a changé, et rien en même temps.
Curieux.
Même corps et même passeport mais différente identité.



Le bus t'emportera un peu plus tard, loin du passé et de ma mémoire.
Nous sommes devenus des étrangers.









mercredi 6 janvier 2010

Terminus



Pour se rendre quelque part, il prend toujours l'autobus.
Mais pas à n'importe quelle heure.
Au matin trop d'enfants, trop de gens affairés qui bousculent et qui rendent l'autobus trop chargé. Alors il les évite. Il n'aime pas demander qu'on lui cède une place. Il n'a jamais aimé ça. L'obligeance obligée.

Il y a encore quelques années, il prenait le métro.
Puis un jour il est tombé dans les escaliers et depuis il les évite soigneusement. Il a peur de se blesser. C'est que dans le métro, ça n'aide pas souvent, il l'a remarqué. Tandis que de son temps...

Alors il prend l'autobus, c'est plus gai.
Et puis ça l'emmène en promenade gratuitement, sans ses jambes qui s'entêtent à ne plus le porter. Derrière la vitre, de sa place bien chauffée, il aperçoit la vie des autres. Les chantiers du matin, les vitrines éclairées, les ruelles encombrées, les automobilistes qui fument au volant, ceux qui téléphonent, ceux qui font la conversation dans le rétro, à leur enfant ou à un chiot. Celles qui se maquillent et ceux qui ont un ordinateur, bien caché à leur pieds, comme un trésor, juste à côté de leur siège conducteur.
C'est plus gai l'autobus.

Il le prend toujours pour aller chez le médecin ou quand il a besoin de pièces à remplacer sur l'un de ses vieux outils.
Ou quand il a un déjeuner. Un déjeuner en ville avec l'un de ses plus anciens amis. Ils vont dans un nouveau restaurant du coin de la rue qui vient d'ouvrir, jamais très loin . S'il existait encore, ils iraient dans le bistrot de Solange, mais elle est partie dans le sud après la mort de son mari. Du jour au lendemain elle a fermé boutique. Apparemment ça lui rappelait trop lui, ce vieux zinc et la poussière sur les tapis. Elle a déshabitué les habitués.
Alors depuis, il change régulièrement d'adresse pour déjeuner, parce qu'il vaut mieux ne plus trop s'habituer.

Il vaut mieux ne plus trop s'habituer...
Ni au bistrot, ni à ses amis, ni à l'autobus, il le sait.
Ne plus s'habituer à son monde qui chaque jour un peu plus rétrécit,
et qui ne comptera bientôt plus qu'une chaise dans la chambre; qu'une chaise inclinée pas trop loin de son lit.



Alors quand il le peut, il prend l'autobus.
Ça le distrait...
Et à chaque arrêt, il se donne l'impression de voler un peu plus de sursis.




Jusqu'au terminus, où tout le monde descend. Précisément ici.





samedi 2 janvier 2010

L'araignée au plafond

Elle s'est identifiée hier soir.
Tard dans la nuit comme on débusque généralement les loirs, et depuis elle court encore.
Ne reste qu'à l'écraser.


Cela faisait quelques temps que je l'entendais s'installer et prendre place dans le bocal,
trotter à sa guise de la cave au grenier,
de petits cris pénibles au sein du lobe frontal et l'empreinte de ses crocs sur l'étroit cervelet.
Même dans la bouche, le venin a percé.
Des aphtes et des plaies en quantité.
Cela faisait quelques temps que je l'entendais...Je ne l'ai pas vue arriver.

Elle a pourtant pris position et de tout, possession.

D'une paralysie qui empêche le poignet,
qui coupe les phrases, qui bâillonne la pensée,
qui ne laisse au clavier que des lettres en fumée,
des espaces...simplement des espaces et l'entrée.

Et ce point d'interrogation pour unique ponctuation:
"Et si ce qui en sortait était mauvais?"
Trois points de suspension





Et si c'était mauvais?
Ce qui s'apprête à sortir de mes doigts...
Ce que ces autres attendent de moi.
Un an de travaux bien cachés. Presque finis mais pas encore achevés, encre et courage épuisés.
Et si c'était mauvais?



Et si...?
Décidément, au matin, encore je la poursuis...