vendredi 30 avril 2010

Long courrier





Crédit: Thé Citron

Il y a si longtemps que je ne t'ai pas écrit.
C'est que je t'oublie vois-tu, je t'oublie de plus en plus. Ou plutôt sans t'oublier, je te mets chaque jour un peu plus de côté. En somme, je vis.
Mais ce matin je suis sur la terrasse en face de cet oranger, tu sais, celui qu'on avait planté ensemble avant même que les travaux n'aient commencé. C'était notre commencement à nous.
Il a bien poussé et lui reste encore debout, c'est bien.

Je ne t'ai pas dit mais il fait bon aussi, et beau. La semaine a été magnifique. Je sais que tu le vois ce beau, sans doute d'ailleurs y participes-tu mais le sens-tu comme je le ressens? C'est parfois ce qui m'attriste.
Plus que le simple fait de me manquer, car on s'y fait finalement, je n'ai que ce mince regret. Je pense à toi, à ce que tu étais et je voudrais que tu puisses goûter ce thé, que tu entendes le vent siffler, que tu lises ton journal et que le soir tu fumes encore une cigarette avec moi en tenant ton verre de vin du bout des doigts.
Hum...ce verre de vin. Pour moi toute ton essence est là.

Pour le reste je t'ai tout dit et je n'ai pas de nœuds. L'amour, je t'ai laissé partir avec, tellement l'allègement nous semblait important. Il m'en reste d'ailleurs encore un peu.


Néanmoins, comme j'ai menti tout à l'heure et que je pense bien sûr à toi, surtout ici, ce soir j'ouvrirai une bouteille de vin.
Je suis seule mais ce n'est pas grave,
invite-toi un peu et je boirai pour deux.









Edit: Ceci est une participation au jeu d'écriture des mille mains, ici.

dimanche 25 avril 2010

Samedi ou la vie sauvage




Samedi soir, 21h. Un stade français en ébullition.
50 000 personnes hurlant après vingt, lesquelles s'éparpillent sur le terrain et commencent à jouer, à courir pour gagner.

Car c'est de cela qu'il s'agit.
Selon que l'on se trouve d'un côté ou de l'autre du stade on supporte l'une ou l'autre équipe, ses couleurs et ses joueurs. Quoi qu'il arrive.
Les drapeaux s'agitent dans les tribunes, les tambours résonnent, les bras se tendent et scandent, ignorant finalement l'adresse du geste ou la beauté du jeu. On supporte comme une masse aveugle et patriote et on espère que l'autre équipe sorte. C'est tout ce qui importe.


Il y a dans le sport tout le spectacle de notre humanité.

Nous "jouons" à être humains en remplaçant les canons par les poings, et en marquant, nous marquons notre territoire. On écrase l'autre, on veut le dominer. Plus que cela, les gagnants deviennent stars parce qu'ils ont pour un temps le pouvoir.
Ils sont méritants d'avoir su emporter la victoire, et le peuple d'en retirer sa fierté.

Et parce qu'il parait que nous ne sommes plus des "sauvages", qu'il faut ménager l'adversaire, que sans lui il ne peut y avoir de guerre, l'animal édicte des règles. Ne pas trop égorger son voisin, jouer "fair play" et brider les instincts.


Et comme à la fin d'une bataille, on va pour signer un traité,
Après le jeu,
Quel que soit le sport et quel que soit le terrain, on va pour se serrer la main...


Jusqu'au prochain.

dimanche 18 avril 2010

Pensée


Un an, depuis.
J'espère que tu voyages léger.

samedi 17 avril 2010

Portrait

Dans l'autobus il est assis dans la partie réservée aux personnes handicapées ou en difficulté, dans la zone prioritaire. Il est seul sur son siège, personne à côté de lui, et son corps tout entier est tourné vers l'intérieur. Curieusement, il observe le dedans et pas l'extérieur.

Il a cinquante-cinq, peut-être soixante ans mais pas plus.
Il a les cheveux gris mais pas encore blancs, gris sale un peu comme les murs des façades, gris et luisants. Son pantalon de couleur kaki remonte un peu trop haut sur les chevilles et découvre des chaussettes blanches. En dessous, des chaussures en faux cuir marron qui battent légèrement le sol, surtout la droite, et quand il croise les jambes on aperçoit un léger trou sur la semelle râpée.

Il porte un tee-shirt beige qui disparait pour moitié sous une veste de velours verte ou marron, on ne sait pas très bien tant la couleur est passée. Ses mains sont vigoureuses, ses ongles coupés droits mais pas trop courts, et pour certains sont un peu noirs au bout, négligés. Il porte une fausse montre en or au poignet.

Il est sorti du bus juste après moi, au même arrêt.
Il est descendu, il a fait une pause sur le trottoir, puis il a sorti de sa poche un étui à cigarettes.
Puis de l'autre poche, un porte-cigarette.


Il est reparti et je l'ai regardé s'éloigner,
Je ne savais plus quel portrait je faisais...








lundi 12 avril 2010

Histoire d'A.

Nous n'avons aucun point commun.

Nous ne lisons pas les mêmes livres, nous ne réfléchissons pas aux mêmes idées, nous ne nous intéressons pas aux mêmes choses,
mes amis ne sont pas les siens,
je ne la touche pas,
je serais incapable de vivre avec elle comme elle avec moi,
elle ne supporte pas certains de mes travers, elle me trouve parfois autoritaire, je la trouve un peu trop tête en l'air,
Elle est celle qui est cool et moi trop réfléchie,
nous ne sortons pas dans les mêmes endroits et n'aimons pas les mêmes habits,

Mais,

Elle est celle à qui j'ai parlé en premier le jour de la rentrée, il y a bien longtemps maintenant,
Elle m'a vue triste quand je me disais gaie,
Elle a cet humour de la vie et cette légèreté,
cette sensibilité, aussi.
Parfois nous ne nous parlons pas, ça dure un temps ou plus longtemps,
et puis je la retrouve avec cette même facilité.
Elle me connait par cœur je crois, et je n'ai pas avec elle de pudeur ou de subtilité,

Avec elle, je suis moi.
Elle fait partie des initiés.

lundi 5 avril 2010

A la recherche du temps perdu



Juin 85
Depuis trois mois, je me lève tous les matins très tôt et sans faire de bruit. J'enfile mes chaussons doucement, je n'ouvre même pas mes rideaux, et je me faufile. A quelques mètres, dans la chambre du fond, papa et maman dorment, il ne faut pas les réveiller. Alors je glisse sur le parquet, attentivement.
Je regarde sous le canapé, dans le vase près de la cheminée, je soulève le couvercle du piano, un coin de tapis, j'écarte le rideau, je m'arrête, je scrute à nouveau, je fais un rapide tour d'horizon à la recherche du moindre relief...et puis au bout de quelques secondes, je m'arrête, résignée, et je vais me recoucher. Les cloches ne sont pas passées.
Je reviendrai demain et tous les autres jours de l'année.


Avril 2010
Nous avons dormi tard ce matin, jusqu'à presque midi je crois. Dehors il faisait beau, nous étions à la campagne, c'était agréable. A un moment, je l'ai laissé dormir et me suis levée. J'ai attrapé un pull pour les épaules, j'ai frissonné un peu et puis j'ai posé un pied nu sur le carrelage froid du salon. Les cloches du village on sonné au loin, j'ai regardé autour de moi.
Il y a notre sac de voyage dans un coin, nos verres de vin rouge de la veille posés sur la table en bois, les cendres encore tièdes dans la cheminée, un vieux fauteuil défoncé,
Et sur la chaise, juste à côté, un sac en plastique avec des œufs en chocolat qu'il a achetés pour ses collègues.

Comme ils n'étaient pas cachés, je n'ai pas eu envie de les manger.

jeudi 1 avril 2010

A livre ouvert


Je ne crois pas avoir été pourrie-gâtée en intégralité.
J'ai été gâtée, très gâtée, mais pas pourrie, heureusement jamais.
Je n'ai pas de souvenir de caprices qui ait été exaucés, en revanche, j'ai souvenir de crises de nerf sur le pavé parce qu'on m'avait refusé tel bonbon, tel jouet, telle permission.

Bref, on ne m'a pas laissé totalement carte blanche, sauf pour une chose: Les livres.

Tous les livres, tous les mots et peu importait que ça coûte pourvu que j'y prenne du plaisir, pourvu que j'égrène le temps au fil des pages, des bandes-dessinées, des poésies, des romans, des histoires et plus tard des chansons. Carte de crédit blanche, immaculée.
Et j'ai donc lu. Beaucoup.


Et à presque trente ans, il reste:

Toutes les biographies de Stefan Zweig, avec en tête, Magellan.
Les mémoires d'outre-tombe du vicomte de C.,
Les fleurs du mal de Baudelaire,
Les Hemingway, les Kundera et Boulgakov,


et quelques phrases d'amour tirées au hasard des recueils dont celle-ci relevée sur la tombe de Juliette Drouet:

Quand je ne serai plus qu'une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée :

Le Monde a sa pensée, Moi j'avais son amour...